L’épicerie de la Ferrière, un commerce vital pour la vallée du Haut-Bréda

Nathalie Oswald sur le perron de son épicerie à La Ferrière d’allevard

L’épicerie de La Ferrière est, avec la boulangerie, le seul commerce du village. Située à deux pas de l’église et de la mairie, elle est aussi le lieu où se rencontrent les jeunes et les moins jeunes. C’est un commerce pas comme les autres où l’entraide et la solidarité font partie de l’économie du lieu. Nathalie OSWALD, 45 ans, est la patronne de l’épicerie du village de La Ferrière. Avec son mari et leurs enfants, ils sont arrivés en 2011.

« Je suis Alsacienne. J’étais en ville avant, à Grenoble, et je n’aime pas la ville. J’avais un snack où je faisais des pizzas, des sandwichs, des paninis, des américains. J’aime bien changer. Avec mon époux, Vincent, on voulait vivre dans un endroit calme. On cherchait une petite épicerie de village. On s’est baladé, on a trouvé celle-ci, et on est tombé amoureux du lieu. »

Tenir une épicerie dans un village isolé demande beaucoup d’organisation, notamment en ce qui concerne le choix des fournisseurs. 

« Avec les fournisseurs, une fois qu’on connait les produits, tout se fait par téléphone. C’est toujours les mêmes, ils ont les bons produits, les mêmes prix, donc pour le moment, on les garde ». Nathalie choisit les fruits et les légumes de Grenoble, dans les Marchés de gros, les marchés d’intérêts nationaux. »

L’épicerie ouvre à 8h le matin, avec l’arrivée des livraisons principales de Grenoble. Mais la préparation commence déjà très tôt.

« Pour les marchés de Gros, là il faut y aller à 5h30 ou 6h. Parce que c’est en plein centre de Grenoble. Si on veut trouver les plus beaux fruits, il faut arriver tôt. Et puis pour remonter, il faut penser aux heures pointes. »

Nathalie explique son organisation. 

« Après la journée, on vérifie les dates dans les rayons, il faut tout ranger et remettre les étiquettes, avec les prix au kilo. Comment on fixe les prix? Selon une marge qui permet de payer les factures et de nous faire vivre. C’est équilibré. On ne cherche pas à devenir riche. Ici, ce qui compte, c’est notre qualité de vie. »

Convivialité et entraide, l’esprit de l’épicerie 

À la montagne, l’entraide et la convivialité sont essentielles au commerce. Travailler ensemble permet de trouver un équilibre financier. L’épicerie et les restaurants alternent saisons hautes et saisons basses. Parfois il y a peu de monde à l’épicerie, mais l’Aubergerie de Thomas ou l’Essentiel de Mathieu, des auberges voisines, passent leurs commandes chez Nathalie pour les fruits et les légumes. L’épicerie de La Ferrière est un maillon d’une chaîne qui ne fonctionne qu’avec la participation de tous.

D’après Nathalie, la façon de travailler et de vivre ici est introuvable dans les grandes villes.

« Si mon congélateur est tombé en panne, Mathieu de l’Essentiel me prêtera le sien. Si je ferme lundi, ma petite voisine prendra les journaux en avance pour que les clients puissent les acheter. Si on a besoin de chercher quelque chose, on appelle Thomas de l’Aubergerie. On se débrouille comme ça, on travaille vraiment bien ensemble. »

Nathalie est consciente d’essayer d’être davantage qu’une simple épicerie pour les gens de la vallée. Elle hésite à utiliser le terme de « responsabilité». Pour elle, c’est important de penser aux bien-êtres des autres. Livraison graduite aux personnes âgées qui ont de la difficulté à déscendre de la montagne en hiver, plats à emporter conçus et cuisinés par Vincent, avertissement pour les voisins avant de réduire les horaires d’ouvertures pendant les vacances. Nathalie souhaite même développer l’épicerie et devenir un bar.

« Ce qui est très sympa quand on a une épicerie dans la montagne, c’est qu’on fait presque tout. On a un stand à journaux, on fait de la charcuterie, du fromage, des petites livraisons, des fleurs pour la fête des mamans. On n’a pas l’impression de faire tout le temps la même chose. Ca varie, et c’est bien. »

Echo de l’histoire de la vallée, l’épicerie accueille parfois les réunions de Nathalie, Marie-Laure et Lilly-Flore (les propriétaires de l’épicerie avant Nathalie), qui partagent l’expérience de la gestion. Selon Nathalie, l’esprit de l’épicerie est préservé de propriétaire en propriétaire. Et soigné, comme en témoignent les petits bijoux que Nathalie a installé en décoration et les travaux refaits par Marie-Laure puis par Laurent.

Après deux ans d’instabilité économique, le petit commerce de Nathalie est en train de prospérer. Symbole de La Ferrière, l’épicerie vit des gens du village et réciproquement.

Ninan WANG et Suyang ZHANG.

 

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